« Chicks like you ain’t worth too much, so shut up girl and make my lunch ! »
Telles furent les premières mesures de MC du jeune Aubrey Graham aka Drake aka Drizzy aka The 6 God, chantées lors d’un épisode de la série « Degrassi : Nouvelle Génération ». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était plus probable de voir Cindy Sander remplir le Stade de France que d’imaginer ce gringalet à la voix frêle devenir l’icône du rap US. Et pourtant ! Drake a gravi les échelons à force de travail, de patience et de volonté, et qu’on l’aime ou pas, il faut admettre que le bonhomme a fait un bon bout de chemin. Adieu la chaise roulante de Jimmy Brooks, c’est sur le trône du king des charts qu’il est installé aujourd’hui !

L’année 2016 a été l’année de l’apogée pour le natif de Toronto. Au-delà de ses featuring tous plus probants  les uns que les autres (Why You Hatin’ de YG, No Shopping de French Montana, Work de Rihanna, pour ne citer qu’eux), ou encore du succès critique comme commercial de son dernier opus Views, vendu à 1,61 million d’exemplaires rien qu’aux Etats-Unis (plus de 5 millions si l’on compte le streaming), c’est surtout dans l’impact et l’envergure du personnage que le changement s’est fait ressentir. (Quand je parle d’envergure, non je ne parle pas de musculation, même si je te le concède, il s’est construit une bonne carrure le bougre).

Qu’est ce que j’entends par « impact » et « envergure » du coup ? C’est simple, le mec peut faire ce qu’il veut, tout en étant certain que ce sera acclamé par tous à l’arrivée. Il a la « midas touch » comme disent les ricains, tout lui réussit. Tu vois toujours pas où j’veux en venir ? Bon…
. Un hibou mal dessiné sur un sweat noir, c’est pas trop tendance, pas vrai ? Faux ! C’est stylé vu que Drake a le même.
. Chanter en forçant un accent jamaïquain, c’est pas crédible, n’est-ce pas ? Encore faux ! Quand Drake le fait, c’est lourd.
. Se retrouver à faire une choré qui n’a ni queue ni tête alors qu’à la base tu voulais juste mimer un opérateur téléphonique lors d’une partie familiale de Times Up un dimanche après-midi, c’est à éviter non ? Encore et toujours faux ! Tout ira bien si tu prétends t’enjailler comme le 6 God dans Hotline Bling.
. Se faire enfermer dans la friendzone par la femme qu’on aime, ça craint vraiment hein ? Oui (désolé bro, même Drake ne peut rien pour toi hahaha).

On l’a tous compris, Drizzy est devenu un vrai produit marketing. Mais musicalement, qu’est-ce qui fait que sa formule marche si bien ? Parce que, quand on y pense, le mec n’excelle dans aucun domaine précis, il n’a pas de voix puissante ou super maitrisée, n’a pas de flow particulier ni technique, n’aborde pas de thèmes compliqués. Mais Drake est l’exemple parfait du « random guy » qui fait ce qu’il sait faire, et qui d’année en année se perfectionne dans son domaine. C’est pour ça qu’on l’aime, et c’est là selon moi la vraie formule de son succès. Pas trop rappeur, pas trop chanteur, sa musique est à l’image des attentes de l’énorme majorité du public, et c’est d’ailleurs l’un des seuls qui parvient à réunir l’audience de connaisseurs et l’audience mainstream.

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1. Free Smoke
2. No Long Talk (feat. Giggs)
3. Passionfruit
4. Jorja Interlude
5. Get It Together (feat. Black Coffee & Jorja Smith)
6. Madiba Riddim
7. Blem
8. 4422 (feat. Sampha)
9. Gyalchester
10. Skepta Interlude
11. Portland (feat. Quavo & Travis Scott)
12. Sacrifies (feat. 2 Chainz & Young Thug)
13. Nothings Into Somethings
14.  Teenage Fever
15. KMT (feat. Giggs)
16. Lose You
17. Can’t Have Everything
18. Glow (feat. Kanye West)
19. Since Way Back (ft. PARTYNEXTDOOR)
20. Fake Love
21. Ice Melts (feat. Young Thug)
22. Do Not Disturb

Fort de cette réussite, Drizzy nous offre l’opus More Life moins d’un an après la sortie de Views. Derrière cette cover où on le voit arboré avec la même moustache que mes oncles (et tantes) du bled, on a encore droit à un album de qualité, avec cependant certaines pistes qui nous donnent l’impression de n’être là que pour « faire le nombre ». Mais vous savez comment je fonctionne, j’préfère parler des sons que j’ai aimés plutôt que ceux qui m’ont laissé sur ma faim. Donc comme d’hab, on ne change pas une équipe qui gagne : j’vous donne mes 5 morceaux phares, et vous, vous vous contentez de vous mettre bien en lisant la chronique et en écoutant l’album !

  • Passionfruit : Le genre de morceau avec l’ADN « mainstream mais pas trop », juste comme j’aime. Dans Passionfruit, Drake relate (encore) la difficulté à laquelle il faut faire face lorsque l’on cherche à établir une relation solide à distance. Le sujet n’est pas révolutionnaire, encore moins quand on sait à quel point Drizzy aime se morfondre, mais cela n’empêche qu’il a raison de continuer à parler de tout ça, car on l’aime dans ce genre de contexte. L’instrumental un peu hallucinogène et le ton mélancolique de sa voix donne une dimension parfaite aux lyrics.
  • Get It Together (ft. Black Coffee & Jorja Smith) : Alerte coup de cœur ! Ce son est tout simplement mon préféré de l’album. La merveilleuse Jorja Smith, nouvelle pépite britannique de la soul musique, chante les couplets tandis que Drake ne se contente que de chanter le refrain. Ce que j’aime dans cette chanson c’est qu’elle dégage énormément d’émotion et de fragilité, dont on se laisse facilement imprégné. A la base je ne suis pas fan des rythmes up tempo, mais celui-ci, composé par le DJ sud africain Black Coffee, parvient à se marier parfaitement avec la voix gracieuse de la jeune chanteuse, surement grâce aux subtiles notes de piano qui composent l’instru. A la base, Jennifer Lopez était pressentie pour être la guest sur ce titre, mais Jorja Smith parvient tellement à communiquer la détresse d’un cœur en proie à des incertitudes, que More Life se retrouve gagnant au change. Fin bref, cette chanson m’émeut, vraiment.
  • Teenage Fever : Juste pour le samplede If You Had My Love de Jennifer Lopez, ce son est à ne pas manquer ! Au-delà de cette particularité, c’est vraiment le son idéal pour décrire ce à quoi on est tous sujets lorsqu’on tente de se relancer dans une histoire, après que la précédente se soit mal passée. Tu sais, les dilemmes que l’on éprouve genre « Okay l’euphorie est là, mais est-ce que ça peut aller plus loin ? Est-ce-que j’devrais oser m’ouvrir à nouveau ? Et si elle aussi me force à écouter du JUL en voiture, qu’est c’que j’vais faire ? ». Le titre Teenage Fever n’est d’ailleurs pas choisi au hasard puisque c’est la meilleure expression pour illustrer tout ça. Après, évite d’écouter le morceau en compagnie de n’importe qui, sinon tu risques de te sentir obligé de lancer une relation avec la mauvaise personne. La musique ça nous fait faire des choses parfois…. hahaha
  • Since Way Back (ft. PARTYNEXTDOOR) : Comme toujours, j’aime trop l’ambiance des collaborations entre ces deux là. Mêlant à la fois un côté enivrant et « stone » comme c’est souvent le cas avec la voix de PND, le morceau nous amène encore une fois face à la gente féminine, mais cette fois dans un contexte plus intime, « m’voyez »… Les deux artistes made in OVO ne font pas dans la dentelle, et nous donnent même envie de l’ôter de notre partenaire. (Je parle de dentelle si jamais t’as pas compris, mais essaye de suivre stp). C’est clairement le son sexy à mettre en répétition dans ta playlist de babymaker. Par contre, à prohiber dans les transports en commun, sous risque de vouloir coller tout c’qui bouge !
  • Do Not Disturb : Ce morceau a la lourde tâche de clôturer l’album, et parmi toutes les pistes présentes, c’est la plus à même de remplir ce rôle. Drake se livre à nous et nous donne une review de sa vie et de chaque aspect qui la concerne, allant des clash à a sa vie amoureuse, tout en passant par sa confiance en soi ou encore certaines étapes de son parcours. Ici, pas de chichi, pas de featuring ou de refrain qui reste facilement en tête, on a juste l’artiste qui se livre sur une instru bien travaillée, mais minimaliste. Une bouffée d’air frais qui fait toujours du bien au milieu de ces potentiels « hit banger ».

Alors certes, Drake ne fait pas l’unanimité, mais force est de constater qu’il nous livre à chaque fois un album très propre, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Après, c’est clair qu’il bénéficie d’une hype incroyable, mais on ne va pas lui en vouloir de surfer dessus. Après tout, normal d’en profiter, comme il l’a dit :
« Started from the bottom, now we here »

Et toi, t’as pensé quoi de More Life? Donne nous ton avis en commentaire.

Osman.